Antarctica Diaries

Dans l'intimité d'expéditions à la station scientifique belge en Antarctique

A pied, 30000 pieds, japonaise, sèche ou à l'évier

November 20, 2021

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Eloge de la diversité

Après 10 jours à la station, essentielle devient la question de certains besoins essentiels, petits ou grands. D'autant plus qu' ici on mange bien, et transpire bien. Vous l'aurez deviné, cet article est consacré à la question sanitaire, non pas du covid, mais de la toilette, sous toutes ses formes: à la main, à pied, à 30000 pieds, japonaise, sèche, en machine, sous un pommeau ou à l'évier.

C'est dans l'air

Dans l'Ilyutschin (Il-76, grand coucou) qui nous a mené de Cape Town à la base russe de Novo en Antarctique, deux toilettes chimiques étaient mises à notre disposition. Dans le DC-3 (petit coucou) qui nous a mené de Novo à la Station Princess Elisabeth, la cabine crew nous a signalé qu'une toilette était 'possible' dans un 'trou' (?!) à l'arrière de l'avion derrière le cargo. Elle a ajouté que les sachets d'aisance prévus en cas de nausée et disponibles dans la pochette arrière du siège de devant étaient imperméables à l'urée. Bref, je vous laisse imaginer comment s'ép'urée en cas d'urgence. Heureusement le trajet n'a pas d'urée trop longtemps.

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Vidange, plastique et containers

A Novo, dans le container-toilette zébré dont je vous parlais précédemment, j'ai découvert la toilette à pédale. Un grand sac plastique se déroule sous l'action d'une pédale à pied, et est collecté dans des bidons sous le container surélevé. Je n'ai pas testé. Par contre, en matière de toilette plastique, la station fait usage de toilettes japonaises. Je n'en avais jamais vu lors d'un séjour précédent au Japon, ou pas de ce type-là. Oubliez la toilette-télécommande avec contrôle de la température de la lunette, vaporisateur de parfum et jet arrière rafraichissant. Leur nom vient sans doute qu'elles sont de fabrication japonaise (y compris le mode d'emploi). Ici, il s'agit d'un sachet en plastique qui, une fois la séance terminée, est thermos(c)ellé. Le sachet peut alors être récupéré, jeté dans une poubelle (comme un lange quoi), régulièrement vidée dans un container sur le terrain devant la station. Ou plusieurs containers. Et on ne peut pas les repérer à l'odeur car tout est gelé. Ce fut la solution par défaut pendant de nombreuses saisons à la station quand il n'y avait pas (encore) de traitement des eaux noires efficace. Encore aujourd'hui on en fait l'usage en début et fin de saison. A 18000 EUR le coût d'export d'un container, je vous laisse calculer le gain financier qu'il y a à limiter leur usage (vu qu'on peut difficilement limiter le besoin). En parlant de solution, il est demandé de réaliser une séparation des phases. Commencer par se liquider dans l'urinoir (connecté à un baril sous la station, les so-called 'pee drums', qui remplissent eux aussi quelques containers), et puis une assise solide à la japonaise. Si la décantation n'est pas possible (la gastro n'est jamais loin), des petits sachets en aluminium de gélifiant sont mis à disposition afin d'éviter toute coulée en cas de faiblesse du sachet plastique. Certes, le protocole établi est très masculino-centré. Néanmoins, je vois ici une belle opportunité pour la promotion et le développement d'outils fémino-centrés, tels que le pisse-debout , et ses différentes variantes dont j'entendais parler avant mon départ via des amies très progressistes et bien renseignées. A la station japonaise désaffectée et laissée à l'abandon à quelques dizaines de kilomètres d'ici, des paquets de langes ont été retrouvés. Je n'ai malheureusement pas de photos ni des langes, ni de la station car entre-temps elle ensevelie sous une épaisse couche de glace. Seul Alain y est un jour rentré dans un (lointain?) passé quand elle était encore en service.

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Désir de solution

Depuis que l'atelier de menuiserie a reçu de nouveaux quartiers (et machines), et que des quantités conséquentes de sciures sont récupérées, des toilettes sèches ont également été installées pour les annexes et garages de la station. Mais à nouveau, c'est du déchet organique à exporter. Autant le produit des toilettes japonaises est condamné au vu de son conditionnement, autant des idées sont à l'étude pour traiter le produit des toilettes sèches (faire pousser des patates comme dans The Martian ?) ou des pee drums (filtration de l'urine pour séparer les 95% d'eau qui couteraient cher à exporter ?). Inventeur.ice.s, deux containers d'épargnés, c'est l'équivalent d'un ticket aller-retour pour l'Antarctique. Sera-t-il le vôtre ?

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Tiny houses et extrême unanimité

Lors de séjours sur le plateau (la grande zone centrale qui couvre la majeure partie de l'Antarctique, et lieu d'expéditions scientifiques, en bordure de laquelle la station est située), des containers-habitations équipés pour tous les besoins sont généralement utilisés (en Antarctique aussi les tiny house et la vanlife à la cote). Par contre, lorsque le logement se fait sous tente, et qu'un besoin se fait pressant, les solutions diffèrent fort d'une personne à l'autre. Il faut généralement attendre le samedi soir pour que les langues (et non les langes) se délient à coup d'antigel (min 35% sinon ça ne réchauffe pas assez, et gèle à -25 °C), et que ce partage d'expériences personnelles (hautement instructif) puisse avoir lieu. J'ai ainsi pu témoigner que la question est plus universelle qu'il ne parait, que 3 chiens de berger enragés tournant autour de la tente en Sardaigne était une situation tout à fait comparable à un white out en Antarctique, ou une nuitée à plus de 6000 m sur un glacier dans l'Himalaya. A l'unanimité les tentes avec auvent se sont révélées salvatrices. La vendeuse de chez Lecomte ne vous en parlera sans doute pas, mais sachez-le, sur ce blog, c'est sans détour et sans tabou.

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La chasse, le graal

Il est donc particulier qu'en Antarctique, la toilette à chasse d'eau (recyclée) soit la solution désirée, et non décriée. L'ouverture des toilettes (vécue comme un jour de fête), est intimement lié à la santé du système de traitement des eaux, ma responsabilité à la station, et dont je vous parlerai prochainement. De là à croire, que leur ouverture est liée à ma bonne volonté serait d'une trop grande simplicité, car je partage cette réalité avec quelques milliards de bactéries qui peuvent très vite n'en faire qu'à leur gré.

Dépushe-toi, il y a de la file

Une salle de bain (SdB) très confortable est située derrière les toilettes, au nord du coeur technique (voir plan ci-dessous). Chacun.e y reçoit un essui et casier pour y déposer ses effets personnels limités… car savon et shampooing sont fournis. En effet, tout ce qui termine in fine dans les eaux grises et donc le bioréacteur doit être biodégradable. Pas de Timotei, Garnier Ultra Doux, ni de Head&Shoulders. Tout.e resquilleur.se sentant bon le pamplemousse, le lait de coco ou la vanille se ferait d'ailleurs rapidement remarquer. L'ouverture des douches (autre jour de fête) est elle aussi liée à la santé du système de traitement des eaux, sauf qu'il s'agit, d'une part, d'eaux grises plus faciles à traiter, mais d'autre part de plus gros volumes. A moins que vous aimiez vous doucher avec un demi-litre d'eau ! La durée des douches (et donc le volume d'eau) est calculé ici en 'push', car il n'y a pas de robinet mais un bouton poussoir actionnant le jet pendant une période d'environ 30 secondes (1.5 L d'eau). La durée autorisée (mais non contrôlée, la confiance est de mise) varie entre 4 et 6 push (donc 9 L, un seau quoi). Tout en sachant que le premier push est pour les plus courageux.ses vu qu'il s'agit d'attendre l'arrivée de l'eau chaude. En parlant d'eau chaude, Bernard le plombier, m'a mis dans le secret qu'il vallait mieux utiliser la douche de gauche car plus proche de l'arrivée d'eau chaude. Pour se raser, des pots de yaourt vides sont mis à disposition pour collecter tout excès de pilosité non désiré par les canalisations. Grand-papa, si tu me lis, je pense à toi chaque fois que je me rase, et mange du yaourt.

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On dirait le Sud, sans Nino Ferrer

Enfin, depuis qu'on est arrivé à la résidence PEA de la costa del sol, le soleil brille et l'excès de puissance électrique généré par les panneaux photovoltaïques permet de faire tourner des chaufferettes électriques. La température dans la station tourne autour des 20 °C. On humidifie même l'air. Bref, il fait agréablement tropical comparé aux conditions extérieures. Chaleur bonheur, mais chaleur travail dit aussi transpiration. Alain nous racontait que lors de ses expéditions, tout l'enjeu était d'essayer de transpirer le moins possible, voire même d'essayer de rester du côté frisquet plutôt que douillet. La lessive fait partie intégrante des éléments de confort offerts par la station, ou par Bernard (encore lui et ses multiples casquettes, depuis 12 ans ici, vous allez souvent en entendre parler). A l'arrivée, on a reçu un filet nominatif dans lequel on peut déposer notre linge sale, et le récupérer séché en machine ou simplement essoré. Autant j'avais fait une sélection au départ pour n'embarquer que des vêtements lavables à 40 °C, autant je n'ai pas encore franchi le cap du séchoir, j'ai trop peur que mes vêtements en laine et synthétiques ne rétrécissent. Alors je fais tout pendre dans ma chambre, vu la faible humidité de l'air, c'est vite sec. Par contre, Maman je te rassure, essuis et draps (et même caleçons et chaussettes si on le veut) sont lavés à 60 °C. Le luxe est même poussé jusqu'au repassage des taies d'oreiller et certains essuis ! Il ne manque plus que le sachet de lavande… !

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