Antarctica Diaries

Dans l'intimité d'expéditions à la station scientifique belge en Antarctique

Le Vent, La Trace, le Viking et l'Extrême-Amont

December 26, 2021

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"N’acceptez pas que l’on fixe, ni qui vous êtes, ni où rester."

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"Nous sommes faits de l'étoffe dont sont tissés les vents"

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"Tout ce qui est de ce monde n'est fait que de vent... Le solide est un liquide lent... Eh oui ! Le liquide est fait d'air dense, ralenti, rendu plus épais... Notre univers, croyez-moi, n'existe qu'à force de lenteur."

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Le vent

Le vent, il est toujours plus ou moins là, sous une forme ou une autre, sous une forme neuve ou une de ses neuf formes. Et ici, il souffle souvent dans la même direction, d'Est en Ouest, grosso modo du plateau vers la côte. Ce sont des vents catabatiques résultant de masses d'air froid à plus haute densité qui descendent du haut plateau central de l'Antarctique vers la côte. La station se trouve entre les deux. Cette couche de vents ne fait parfois que quelques dizaines de mètres de haut (on peut l'observer avec les ballons sondes météorologiques). Bref, une vague qui s'écoule sur tapis blanc. Dans le même ordre d'idée que "l'eau c'est fort, ça porte les bateaux", et bien "le vent c'est puissant, ça fait tourner les éoliennes". Mais le vent c'est pour moi bien plus que cette ineptie, vous l'aurez deviné.

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La Horde

Depuis que j'ai lu 'La Horde du Contrevent' d'Alain Damasio, le vent à une toute autre saveur, profondeur. J'y repense souvent ici. Je sors souvent de la station juste pour aller m'éventer sur l'arête du nunatak où la station est construite, me ventiler, me sentir petit face à l'immensité, laisser le vent emporter toutes pensées et soucis. La Horde, c'est un roman de science-fiction (ne soyez pas effrayés) d'une linguistique parfaite, qui épuise le champ lexical du vent de façon magistrale, et le met au centre d'une réflexion profonde sur le thème du chemin, du cheminement, de l'adversité, du dépassement, de la quête, de la quête de vérité, de soi. Il fait partie des romans que j'étais sincèrement triste de terminer, à l'idée de ne plus jamais avoir le plaisir de le lire (ou plutôt de le dévorer) pour la première fois. Mais également heureux de sentir que je vais pouvoir le relire quelques fois avant d'en avoir cerné toutes les subtilités. Et c'est un plaisir que j'ai à cœur de partager. Un cadeau de Saint-Nicolas ou Noël pour tous les grands enfants. Alors n'hésitez pas, n'hésitez plus s'il traine sur votre étagère ou si vous pensez avoir mieux à faire (#procrastinationstructuree): un bon canapé, un feu ouvert, un chocolat chaud et Yallah ! (ah oui, et un.e baby-sitter si nécessaire !).

Orientation

Dans un environnement immense, où le regard porte parfois à plus de 100 kilomètres, mais où parfois il n'y a rien d'autre à voir que du blanc, l'orientation est essentielle. Depuis la lecture de ce livre, j'ai rajouté le vent parmi les boussoles qui me permettent de m'orienter, orienter mes choix même, au-delà de la boussole traditionnelle (peu utile proche du Pôle), du soleil (qui ici indique le nord à son zénith !), des étoiles (invisibles au soleil de minuit), de la mousse sur les troncs d'arbres (il manque ici encore quelques degrés supplémentaires que pour permettre une telle vie), des versants glacés des montagnes (ils le sont ici tous plus ou moins), du sens et du plaisir (ce qui m'a poussé à postuler et partir pour cette saison à la station). Et enfin, le GPS, la carte papier ou la photo satellite.

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La Trace du Viking jusque l'Extrême-Amont

Si je vous ai parlé de la Horde, c'est parce que j'y ai pensé pendant toute la journée du dimanche (jour de repos) où l'on s'est attaqué au Vikinghøgda, un sommet à 2751 m d'altitude de la chaine des Sør Rondane Mountains qui nous entoure, et délimite jusqu'où porte notre vue, le monde connu… depuis la station. Et d'où vient le vent.

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L'ascension fait plus de 1200 m de dénivelé, sur un chaos de neige, de glace, de cailloux. Glissants. Pas de chaussures de trails, mais des bottines pour le froid, et des crampons pour l'accroche. Et vent de face, vent de contre, à contrevent. Le plus particulier est d'évoluer dans un environnement blanc et rocheux sans aucune autre Trace que la sienne. Pas de sentier balisé, que la nature et les éléments, ses éléments, et toute Trace précédente effacée, balayée par le vent. Même les versants des montagnes portent les marques de sa griffe. Avancer pas à pas, un pas après l'autre, droit devent. En anglais le mot est encore plus riche: 'step', qui signifie autant 'pas' que 'étape' tant chaque pas, petit ou grand était une étape. Chacun son chemin, sa Trace. Seul.e ou en groupe, en Horde sur une même Trace. Cette fois (et comme souvent), c'est Nico qui avec l'étoffe d'un véritable Golgoth était notre Traceur. Moi j'y allais plus soft, ou plus Sov et préférait Caracoler derrière. Je ne vous en raconte pas plus pour ne pas spoiler le livre, et me contenterai ici de photos de cet intense Contre, et de certains passages ou citations soigneusement sélectionnés.

Bonne lecture. Bon vent. Bon contre.

Suggestion d'accompagnement musical: Veridis Quo de Daft Punk.

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“Vis chaque instant comme si c'était le dernier. Vis chaque instant comme si c'était le premier.”

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"La maturité de l'humain est d'avoir retrouvé le sérieux qu'on avait au jeu quand on était enfant."

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“La folie n'est plus folle, dès qu'elle est collective.”

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"Ta vision de la mémoire est contaminée par le sens commun, troubadour. La mémoire n'est pas une faculté qui pourrait ou non s'exercer. Nous retenons tous absolument tout. Ce qui fait la différence, c'est la capacité d'oubli…"

"Moins que d'autres, je ne savais si le but de notre vie avait un sens. Mais je savais, plus que quiconque, qu'elle avait une valeur."

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“D'une certaine façon, être vivant ne s'atteint que par ce triple combat : contre les forces de gravité en nous - la paresse, la fatigue, la quête du repos ; contre l'instinct de répétition - le déjà-fait, le connu, le sécurisant ; et enfin contre les séductions du continu - tous les développements durables, le réformisme ou ce goût très fréole de la variation plaisante, du pianotement des écarts autour d'une mélodie amusante.”

“Lorsqu'on me demandait ce que j'espérais trouver en Extrême-Amont, cette question banale posée mille fois, je répondais maintenant : 'J'espère trouver mon visage. Quelqu'un là-haut le sculpte à coup de salves dures. Chaque acte que je fais le modifie et l'affine. Mes fautes le balafrent. Mais peu importe : il se fait ; il m'attend, posé sur un socle. Et je le verrai, comme je vous vois devant moi, comme on se regarde dans un miroir enfin exact. Je verrai ce visage que je me suis fait tout au long de ma vie, juste avant de mourir. Ce sera ma récompense.'”

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